Un phénomène universel (et parfaitement naturel)
Vous êtes-vous surpris à demander à votre chien « Qui c’est le bon toutou ? » avec une voix plus aiguë que d’habitude ? Ou à dire à votre chat : « Viens là, mon bébé ! » d’un ton sucré, comme à un nourrisson ? Si oui, vous n’êtes pas seul. Parler à son chien ou à son chat comme à un bébé, ce comportement, aussi répandu qu’attachant, n’est pas qu’une simple excentricité des amoureux des animaux. Il cache des mécanismes cognitifs et émotionnels profonds.
L’origine du “pet-directed speech”
Dans les années 1980, les chercheurs ont découvert le concept de baby talk ou “parler bébé”. Cette façon de parler, appelée en anglais infant-directed speech, est caractérisée par des tonalités plus aiguës, des phrases simples et des répétitions. Ce mode de communication est instinctif, car il aide les bébés humains à capter l’attention et à apprendre le langage.
De façon similaire, les scientifiques parlent désormais de pet-directed speech pour les animaux de compagnie. Une étude publiée en 2017 dans le journal Proceedings of the Royal Society B a démontré que les chiens sont plus réceptifs à ces voix aiguës et enthousiastes qu’à une conversation classique.
Pourquoi adoptons-nous ce ton ?
1. L’instinct de communication affective
Selon le professeur Nicolas Mathevon, spécialiste en bioacoustique (Université de Lyon), parler à un chien ou à un chat active des circuits cérébraux liés à l’attachement. Ce ton affectueux renforce la connexion émotionnelle entre l’humain et l’animal.
« Quand nous parlons ainsi, nous exprimons notre besoin de contact et de proximité, même si l’animal ne comprend pas nos mots de la même manière qu’un humain », explique-t-il.
2. L’effet réciproque sur l’animal
Les chiens, particulièrement sensibles aux variations de voix, perçoivent mieux les ordres quand ils sont formulés avec un ton exagéré. Les chats, bien que moins réactifs, montrent des réponses (comme remuer la queue ou dresser les oreilles) lorsqu’on utilise une voix douce et musicale.
3. Un moyen d’expression émotionnel pour l’humain
Parler “bébé” à un animal est une forme d’anthropomorphisme. Mais est-ce vraiment un problème ? Pas nécessairement, à condition de ne pas oublier que l’animal ne pense pas comme un humain. Le danger réside dans l’excès, où le bien-être réel de l’animal est parfois négligé au profit d’une vision purement humanisée.
C’est grave, docteur ?
Parler à votre chien ou chat comme à un bébé est rarement un problème en soi. Pour de nombreux vétérinaires comportementalistes, cette communication joue même un rôle apaisant. Hélène Gâteau, vétérinaire et journaliste, note que le ton affectueux et les caresses renforcent les liens d’attachement, tout en soulignant que les animaux réagissent avant tout au ton et au langage corporel.
Cependant, lorsque l’animal est traité comme un enfant au point de perdre sa liberté (le promener en poussette sans raison de santé, par exemple), cela peut devenir problématique.
Et si l’on trouve cela ridicule ?
Certains sceptiques moquent cette habitude, la considérant comme puérile. Pourtant, selon une enquête menée par YouGov France en 2023, près de 62 % des Français déclarent parler régulièrement à leur animal. Ce chiffre grimpe à 75 % chez les propriétaires de chiens. Ce n’est donc pas une anomalie, mais bien une norme.
