Le pape François, décédé en ce lundi de Pâques, a marqué son pontificat par une approche inédite et nuancée des rapports entre les hommes et les animaux. Tour à tour fervent défenseur de la création et critique des excès d’anthropomorphisme, il a ouvert un débat nécessaire sur notre relation avec les êtres vivants.
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Une théologie de l’écologie intégrale : les animaux ont leur place dans le dessein divin
Dans son encyclique Laudato Si’ (2015), le pape François consacre plusieurs passages à la création et souligne que les animaux ne sont pas de simples objets au service de l’homme. Il écrit :
« Chaque créature a une fonction et aucune n’est superflue. Le monde n’est pas un problème à résoudre, mais un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange. »
(Laudato Si’, § 84)
Selon lui, chaque être vivant reflète une partie de l’amour divin et doit être respecté en tant que tel. Il s’oppose ainsi à une lecture utilitariste de la Genèse selon laquelle l’homme dominerait le reste du vivant sans limites. La « domination » de l’homme sur les animaux doit être comprise comme responsabilité bienveillante, et non comme exploitation.
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Critique de la substitution affective : quand les animaux prennent la place des enfants
Le pape François a aussi été largement commenté — et critiqué — pour ses prises de position sur la place des animaux de compagnie dans les foyers. En janvier 2022, lors d’une audience générale, il déclare :
« Aujourd’hui, nous voyons une forme d’égoïsme. Nous voyons que certaines personnes ne veulent pas avoir d’enfants. Parfois, ils en ont un, et c’est tout, mais ils ont des chiens et des chats qui prennent la place des enfants. »
Source : Vatican News, 5 janvier 2022
Cette déclaration s’inscrit dans une critique plus large de la baisse de la natalité en Occident. Le pape ne déteste pas les animaux, mais il alerte sur un déséquilibre social et spirituel : quand les liens affectifs avec les animaux remplacent les responsabilités humaines, notamment parentales, cela peut traduire un repli sur soi.
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Ni haine des animaux, ni culte exagéré : une voie de l’équilibre
Le message du pape François est clair : les animaux doivent être aimés, respectés et protégés, mais ils ne peuvent pas devenir les substituts de l’humain dans ce qu’il a de plus fondamental — la relation, la transmission, la fécondité.
Il ne condamne pas l’attachement aux chiens ou aux chats — bien au contraire. Dans Laudato Si’, il loue Saint François d’Assise, son modèle, pour avoir vu dans chaque animal une créature bénie. Il souligne aussi que l’exploitation animale à des fins commerciales ou la cruauté sont des péchés graves contre la création.
Mais il rappelle aussi que la compassion envers les animaux ne doit pas effacer celle envers les humains, notamment les enfants abandonnés ou les personnes âgées isolées.
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Un regard chrétien lucide et moderne
Loin des caricatures, le pape François propose une vision à la fois spirituelle, écologique et sociale de notre rapport aux animaux :
• Ils sont nos compagnons dans la création, et méritent soin et respect.
• Ils ne sont pas des objets, mais ne doivent pas non plus être mis au même niveau que les relations humaines.
• Notre amour pour les animaux doit nourrir, et non remplacer, notre humanité.
Pour aller plus loin :
. Animal et religion : la vision du pape Léon XIV
• Encyclique Laudato Si’ (texte intégral)
• Vatican News – Le pape et les animaux
• Courrier International – Quand le pape critique les maîtres de chiens et de chats
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