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« Avoir un chien au lieu d’un enfant est une forme d’égoïsme », déclarait le pape François en janvier 2022. Une phrase qui a fait polémique, relançant un débat profond sur la place des animaux dans nos vies et sur les évolutions sociétales qui redessinent les contours de la famille. Dans son livre paru en 2024 (Pourquoi j’ai préféré avoir un chien et pas un enfant, éd. Albin Michel), et aujourd’hui en format poche,la vétérinaire et journaliste Hélène Gâteau revient sur cette déclaration papale et y oppose son propre choix de vie. Un choix assumé, réfléchi, qui ouvre une réflexion sur notre rapport aux animaux, à la parentalité, et à la liberté.
Des propos du pape qui ont fait couler beaucoup d’encre
Le 5 janvier 2022, lors d’une audience générale au Vatican, le pape François déplore une baisse de la natalité en Europe et critique le fait que certaines personnes choisissent d’avoir des chiens et des chats « à la place d’enfants ». Selon lui, cela constitue une perte d’humanité, car « nous perdons la richesse de la parentalité ». Il souligne également que « les animaux ne remplacent pas les enfants ».
Ces propos s’inscrivent dans une vision catholique traditionnelle de la famille, mais leur tonalité a heurté de nombreuses personnes, notamment celles qui, comme Hélène Gâteau, ont fait un autre choix de vie, parfois à contre-courant des normes sociales.
Quand l’animal devient un compagnon de vie à part entière
Dans son livre, Hélène Gâteau ne nie pas que certains humains comblent un vide affectif ou une aspiration à la maternité/paternité par la présence d’un animal. Mais elle insiste sur le fait que son choix d’avoir un chien plutôt qu’un enfant relève d’un désir conscient : celui de donner de l’amour, de s’attacher, sans nécessairement passer par la parentalité.
Elle écrit : « Un chien, ce n’est pas un enfant, c’est autre chose. Mais c’est aussi un lien d’amour, de soins, de responsabilité. Et ça peut suffire. »
Cette réflexion rejoint une évolution observable dans nos sociétés : le changement de statut des animaux dans les foyers. Chiens et chats sont de plus en plus considérés comme des membres de la famille à part entière, ce que le droit reconnaît progressivement (comme en France depuis 2015, avec leur statut d’« être vivant doué de sensibilité » dans le Code civil).
Des changements de société profonds
Ce débat touche à des dynamiques sociales majeures : la baisse de la natalité en Europe, le recul de la norme familiale traditionnelle, la crise écologique et les interrogations éthiques autour de la procréation. Pour Hélène Gâteau, le fait de préférer un animal à un enfant peut aussi être un acte de lucidité et de responsabilité dans un monde en crise.
Par ailleurs, l’attachement profond à un animal, souvent moqué ou incompris, révèle un besoin fondamental d’amour inconditionnel, de présence quotidienne et de lien non conflictuel — autant d’éléments que la parentalité humaine ne garantit pas toujours.
Des réactions contrastées au sein même du monde chrétien
Les déclarations du pape François ont été nuancées par plusieurs courants catholiques, certains rappelant que l’amour des animaux peut aussi être une manifestation de la bonté et du respect de la Création. Saint François d’Assise, dont le pape a choisi le nom, est d’ailleurs le saint patron des animaux et de l’écologie.
Quant à la Bible, elle ne condamne pas l’affection envers les animaux ; elle invite plutôt à la responsabilité et à la bienveillance (Proverbes 12:10).
Vers une redéfinition des liens ?
Le choix d’avoir un animal plutôt qu’un enfant n’est pas anodin, mais il est loin d’être anormal. Il interroge nos modèles familiaux, nos attentes sociales et nos besoins affectifs. Il peut aussi être un acte de liberté, comme le montre Hélène Gâteau dans son livre, sans pour autant rejeter l’idée de maternité ou de transmission.
Les animaux ne remplaceront jamais les enfants, mais ils peuvent être des compagnons essentiels dans une vie humaine. Ce débat, loin d’être clos, révèle surtout une société en mutation, en quête de nouveaux équilibres affectifs.
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Sources :
• Hélène Gâteau, Pourquoi j’ai préféré avoir un chien et pas un enfant, Albin Michel, 2024.
• Vatican News, audience du pape François, 5 janvier 2022 : vaticannews.va
• Code civil français, art. 515-14 (statut des animaux)
• Le Monde, 6 janvier 2022 : « Le pape dénonce les couples qui préfèrent avoir des animaux que des enfants »
• Philosophie Magazine, février 2022 : « Enfants ou animaux : faut-il choisir ? »
